Un avion transportant 153 Palestiniens de Gaza a atterri à Johannesburg dans des conditions opaques. Enquête sud-africaine et accusations contre Al-Majd Europe.

Réfugiés palestiniens attendant leur débarquement à l’aéroport international OR Tambo jeudi 13 novembre

Ce que l’on sait sur l’organisation Al-Majd Europe

Jeudi – 13 nov 2025 – matin, un avion affrété transportant 153 Palestiniens venus de Gaza a atterri près de Johannesburg — une arrivée qui a pris les autorités sud-africaines de court. Beaucoup de passagers n’avaient pas les tampons de sortie requis, et l’opération soulève désormais de nombreuses interrogations.


Ce qui s’est passé sur le tarmac

  • Le groupe est resté près de 12 heures à bord, le temps que les services d’immigration sud-africains enquêtent sur leur statut.
  • Les autorités ont été incapables de confirmer si les passagers avaient des plans d’hébergement ou combien de temps ils prévoyait de rester.
  • Finalement, grâce à l’intervention de l’ONG Gift of the Givers, les passagers ont été autorisés à débarquer.
  • Sur les 153, 23 Palestiniens sont ensuite repartis vers d’autres pays ; le reste est resté en Afrique du Sud sous un visa de 90 jours.

Qui est Al-Majd Europe ?

Une “organisation humanitaire”, mais opaque

  • Le vol a été organisé par Al-Majd Europe, que certains accusent de coordonner ces évacuations avec l’armée israélienne.
  • Le site web d’Al-Majd affirme que l’organisation existe depuis 2010 et qu’elle coordonne des « évacuations depuis des zones de conflit ».
  • Pourtant, son domaine almajdeurope.org a été enregistré seulement en février 2025.
  • Aucun numéro de téléphone crédible ou adresse n’est fourni ; l’adresse mentionnée à Sheikh Jarrah (Jérusalem-Est) n’a pas été vérifiée.
  • Le courriel indiqué (info@almajdeurope.org) renvoie un message d’erreur automatique.

Un lien présumé avec l’État israélien

  • Selon des enquêtes (notamment par Haaretz repris par d’autres médias), l’organisation serait dirigée par Tomer Janar Lind, un citoyen israélo-estonien.
  • Lind serait lié à un bureau du ministère de la Défense israélien appelé Voluntary Emigration Bureau, créé en 2025 pour encourager le départ des Palestiniens de Gaza.
  • Des voix s’élèvent pour dénoncer un déplacement systématique, qualifié par certains d’“ethnic cleansing”.

Le “processus” de transfert : comment les passagers l’ont vécu

  • Plusieurs Palestiniens affirment avoir été contactés via les réseaux sociaux.
  • Certains disent avoir dû payer entre 1 500 $ et 5 000 $ par personne à Al-Majd, et que les paiements se faisaient vers des comptes privés, non des comptes d’une organisation.
  • Le jour du départ, les familles n’ont reçu l’information que 24 heures avant l’embarquement.
  • On leur a dit de n’emporter qu’un sac léger, un téléphone et un peu d’argent.
  • Le trajet a suivi ce schéma : bus depuis Rafah → passage par le point de contrôle Karem Abu Salem (Kerem Shalom) → aéroport Ramon (Israël), sans tampon de sortie sur les passeports.
  • De là, le vol a transité par Nairobi (Kenya) avant d’atterrir à Johannesburg.

Des précédents : pas le premier vol

  • Selon Haaretz, un vol similaire aurait eu lieu le 27 mai 2025, transportant une cinquantaine de Palestiniens vers l’Europe (Budapest) avant qu’ils continuent vers l’Asie.
  • Sur son site, Al-Majd Europe affirme aussi avoir fait voyager un groupe de médecins gazaouis vers l’Indonésie pour formation, mais cette affirmation n’a pas été vérifiée indépendamment.

Réactions et accusations

De la part de la Palestine

  • L’ambassade palestinienne en Afrique du Sud accuse Al-Majd d’être « non enregistrée », trompeuse et d’avoir exploité des familles dans une situation humanitaire dramatique.
  • Le ministère des Affaires étrangères palestinien met en garde contre des réseaux qui viseraient à déplacer des Palestiniens en accord avec des intérêts israéliens.

En Afrique du Sud

  • Le ministre des Affaires étrangères, Ronald Lamola, évoque une « manifeste volonté d’expulser » les Palestiniens de Gaza.
  • Le président Cyril Ramaphosa a confié que les services de renseignement sud-africains enquêtent sur l’opération.
  • Des experts et des ONG sud-africaines craignent que cette opération ne relève du trafic humain : des familles vulnérables, payant de fortes sommes pour un déplacement dont elles ignoraient la destination.

Les enjeux plus larges

  1. Éthique et légalité
    Si cette opération est organisée en coordination avec l’État israélien, certains craignent qu’elle ne constitue un déplacement forcé, contraire au droit international.
  2. Responsabilité humanitaire
    Des ONG se demandent si des groupes comme Al-Majd Europe sont véritablement des organisations bienveillantes ou des entités profitant de la vulnérabilité des Gazaouis.
  3. Conséquences diplomatiques
    L’atterrissage en Afrique du Sud suscite des remous diplomatiques : Pretoria soutient fortement la cause palestinienne et critique ouvertement Israël.
  4. Sécurité
    Le manque de transparence pose des risques pour les personnes déplacées, notamment sur leur statut légal, leur hébergement et leur avenir.

Conclusion

L’affaire Al-Majd Europe et l’arrivée de Palestiniens à Johannesburg soulignent une situation extrêmement complexe : entre urgence humanitaire, accusations de déplacement orchestré et zones d’ombre sur les liens entre cette organisation et l’État israélien. Alors que l’Afrique du Sud ouvre une enquête, le débat s’installe : s’agit-il d’une réelle opération d’évacuation ou d’un projet de dépeuplement déguisé ?

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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