Les attaques contre l’UNRWA contredites par les rapports officiels américains

Les accusations répétées contre l’UNRWA ne reposent pas sur des faits établis. Les propres rapports du gouvernement américain contredisent aujourd’hui les discours alarmistes de responsables politiques qui s’emploient à discréditer la seule agence capable d’acheminer une aide humanitaire à grande échelle dans la bande de Gaza.

Des accusations graves, sans fondement démontré

Lors d’un podcast récent, l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Mike Waltz, a affirmé que l’UNRWA — l’agence onusienne qui fournit depuis plus de 75 ans des services essentiels aux réfugiés palestiniens — aurait été « totalement infiltrée par le Hamas » et participerait à la « radicalisation » de la jeunesse palestinienne par ses programmes éducatifs. Il a conclu que l’agence devait être démantelée.

Ces accusations visent une institution qui soutient près de six millions de réfugiés palestiniens enregistrés, dans les territoires palestiniens occupés — Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est — mais aussi dans les pays voisins. Elles s’inscrivent dans une stratégie ancienne, bipartisanes aux États-Unis, visant à priver l’UNRWA de financements afin d’effacer politiquement la question des réfugiés palestiniens.

Une stratégie politique contre le droit international

L’objectif implicite est clair : faire disparaître l’agence pour éluder les obligations d’Israël au regard du droit international, notamment le droit au retour des Palestiniens expulsés lors du nettoyage ethnique de 1948 et après l’occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza en 1967. Cette responsabilité est pourtant reconnue par les Nations unies et inscrite dans de multiples résolutions internationales.

Mike Waltz reprend des allégations israéliennes affirmant que de nombreux employés de l’UNRWA seraient affiliés au Hamas ou au Jihad islamique palestinien. Or, une enquête indépendante des Nations unies, publiée en avril 2024, a conclu qu’Israël n’avait fourni aucune preuve étayant ces accusations.

Les faits établis par les institutions américaines

Un rapport récent du Government Accountability Office (GAO), organisme indépendant de contrôle du Congrès américain, affaiblit encore davantage la justification officielle du gel des financements. Il révèle que même l’administration Trump n’a trouvé que des éléments extrêmement limités.

Selon un rapport d’avril 2025 du Bureau de l’inspecteur général de l’USAID, seules trois personnes — actuelles ou anciennes employées de l’UNRWA — auraient été « liées » à l’attaque du 7 octobre 2023, et quatorze auraient été « affiliées » au Hamas. Cela représente environ 0,1 % des 11 500 employés palestiniens de l’UNRWA à Gaza.

Le rapport ne précise ni la nature de ces liens, ni la distinction entre employés actuels et anciens. En l’absence de définitions claires et de preuves rendues publiques, ces chiffres ne permettent pas d’étayer l’idée d’une infiltration systémique. Les affirmations de Mike Waltz apparaissent ainsi largement exagérées et factuellement fragiles.

L’éducation à l’UNRWA : un programme conforme aux standards internationaux

Les accusations de « radicalisation » par les manuels scolaires sont tout aussi infondées. Le GAO confirme que l’UNRWA utilise les manuels de l’Autorité palestinienne, régulièrement critiqués par certains groupes néoconservateurs américains. Les exemples cités comme problématiques se limitent à des références à Jérusalem comme capitale palestinienne, à l’usage du terme « sioniste » pour désigner Israël, ou à la qualification de Palestiniens tués par l’armée israélienne de « martyrs ».

Assimiler ces éléments à un discours antisémite revient à nier toute expression du sentiment national palestinien. Le GAO souligne par ailleurs que l’UNRWA complète systématiquement ces manuels lorsqu’ils ne sont pas alignés avec la terminologie de l’ONU ou les normes de l’UNESCO en matière de droits humains.

Depuis 2013, l’agence a intégré un programme spécifique d’éducation aux droits humains, à la résolution des conflits et à la tolérance. Celui-ci comprend notamment des parlements scolaires et des ateliers pédagogiques dédiés aux droits fondamentaux. Ironiquement, le gel des financements américains empêche aujourd’hui l’UNRWA de déployer pleinement ces programmes pourtant soutenus initialement par les États-Unis.

Des attaques meurtrières contre l’UNRWA et les civils

Alors que certains responsables américains multiplient les accusations contre l’agence, ils restent silencieux face aux attaques israéliennes documentées contre ses infrastructures et son personnel. En mai 2025, au moins 310 employés de l’UNRWA avaient été tués à Gaza. Depuis octobre 2023, environ 851 Palestiniens déplacés ont péri alors qu’ils se réfugiaient dans des bâtiments de l’UNRWA.

Selon Save the Children, plus de 20 000 enfants palestiniens ont été tués en moins de deux ans. L’UNICEF a confirmé qu’environ 64 000 enfants ont été tués ou blessés à Gaza sur la même période, dont au moins 1 000 nourrissons.

L’effondrement du droit à l’éducation

Le GAO indique que les attaques israéliennes ont contraint l’UNRWA à suspendre toute éducation formelle pour près de 298 000 élèves palestiniens, dans 288 écoles, depuis plus de deux ans. La majorité de ces établissements ont été détruits ou transformés en abris pour les populations déplacées.

En Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, les opérations militaires israéliennes et les déplacements forcés — plus de 40 000 personnes déplacées en deux ans — ont conduit à la fermeture de plusieurs écoles de l’UNRWA.

La situation s’est encore aggravée en octobre 2024, lorsque la Knesset a adopté une loi interdisant toute activité de l’UNRWA dans les zones qu’Israël considère comme relevant de sa souveraineté. Cette loi s’applique notamment à Jérusalem-Est, annexée illégalement en 1980 selon le droit international et non reconnue par la communauté internationale. Six écoles de l’UNRWA y ont été fermées de force, et les bureaux de l’agence à Sheikh Jarrah ont été détruits.

Une responsabilité politique directe

Les autorités américaines et israéliennes mènent conjointement une campagne visant à priver l’UNRWA de ses moyens d’action, alors même que l’agence est reconnue — y compris par UNRWA-USA — comme la seule capable de répondre à la catastrophe humanitaire à Gaza à l’échelle requise.

Restaurer le financement de l’UNRWA relève d’une obligation morale et juridique. À l’inverse, les attaques systématiques contre les Nations unies, le blocage de l’aide humanitaire et la destruction des infrastructures civiles violent clairement le droit international humanitaire, comme l’ont rappelé le CICR, l’ONU et la Cour internationale de Justice.

Le Congrès américain devrait mettre fin à cette politique, rétablir les financements de l’UNRWA et conditionner toute aide militaire au respect du droit international, conformément au Foreign Assistance Act. Continuer sur la voie actuelle revient à rendre les États-Unis complices d’une négation massive des droits fondamentaux du peuple palestinien.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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