Les autorités iraniennes ont décidé de redistribuer les économies réalisées grâce à la suppression des subventions et de les verser directement à 85 millions d’Iraniens.
L’Iran traverse une crise complexe où se croisent tensions économiques, enjeux sécuritaires et rapports de force politiques. Si les manifestations récentes sont nées de revendications sociales légitimes, leur évolution rapide vers des affrontements sécuritaires structurés révèle une dynamique plus profonde. Selon les autorités iraniennes, cette séquence s’inscrit dans une stratégie de déstabilisation externe, portée notamment par des réseaux liés au Mossad israélien, après l’échec de l’option strictement militaire.
Des revendications sociales instrumentalisées
Depuis plus de deux semaines, la scène iranienne est marquée par des protestations déclenchées par la hausse du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat. Ces revendications, largement partagées dans la population, ont toutefois été rapidement investies par des acteurs extérieurs.
Ce qui distingue ce mouvement des précédents, c’est le soutien public, rapide et assumé de responsables étrangers. Le Premier ministre israélien, des responsables du Mossad, ainsi que l’ancien président américain Donald Trump, ont exprimé leur appui de manière explicite. Ce soutien ne s’est pas limité à des déclarations politiques générales : des messages officiels ont salué des « acteurs de terrain », renforçant la lecture iranienne d’un mouvement dépassant le cadre social pour s’inscrire dans une stratégie de pression internationale coordonnée.
Une crise économique exacerbée par une guerre financière
Le déclencheur initial des protestations reste économique. La flambée des prix et l’effondrement de la monnaie nationale sont étroitement liés à des fluctuations extrêmes du taux de change. Cependant, ces variations ne relèvent pas uniquement de mécanismes économiques classiques.
Les autorités iraniennes évoquent une véritable « guerre des monnaies ». Des applications non officielles de change ont diffusé des taux artificiels, alimentant des mouvements spéculatifs et une panique financière généralisée. À cela s’ajoutent des pratiques illégales de certains changeurs non agréés, la rétention de devises étrangères et l’incapacité de l’État à récupérer des dizaines de milliards de dollars issus du dollar subventionné, détourné vers le marché noir.
Face à cette situation, le ministre de l’Économie a publiquement demandé l’intervention immédiate des services de sécurité et de l’appareil judiciaire afin de sanctionner les responsables et freiner l’hémorragie financière.
De la contestation à la confrontation sécuritaire
Pour Téhéran, la pression économique n’a constitué que le terrain favorable attendu par des acteurs extérieurs. Moins de quarante-huit heures après les premières mobilisations au bazar de Téhéran, les manifestations se sont étendues aux provinces, tandis qu’un discours ouvertement politisé et incitatif à la confrontation prenait le relais.
Avec l’élargissement du mouvement, un basculement qualitatif s’est opéré vers la violence organisée. Trois indicateurs principaux sont mis en avant par les autorités iraniennes.
D’abord, un glissement géographique et opérationnel. Des actions armées ont été signalées dans l’ouest du pays, notamment au Kurdistan iranien et dans la province d’Ilam, où des groupes entraînés ont ciblé des infrastructures économiques et des sites souverains.
Ensuite, un niveau élevé de professionnalisation. Les attaques se caractérisent par un choix précis des cibles, l’utilisation d’armes spécifiques et un recours quasi systématique aux opérations nocturnes, signe d’un entraînement préalable.
Enfin, la réactivation de cellules dormantes. Selon Téhéran, le Mossad aurait préparé depuis plusieurs années des réseaux internes, aujourd’hui activés en profitant de la couverture offerte par des manifestations à l’origine sociales.
Une continuité stratégique après l’échec militaire
Dans cette lecture, les événements actuels ne peuvent être dissociés de la guerre dite des « douze jours », durant laquelle des réseaux internes avaient déjà été mobilisés. À l’époque, leur rôle était principalement militaire : ciblage de radars, facilitation de l’entrée de drones et soutien aux frappes contre la défense aérienne iranienne.
L’échec de cette première phase, qualifiée de « premier niveau » ou first tier, n’a pas permis d’atteindre les objectifs israéliens. Surtout, la population iranienne ne s’est pas engagée dans une confrontation interne massive au moment le plus critique du conflit. Cette absence de soulèvement a conduit à différer l’utilisation de la carte sociale.
Aujourd’hui, selon les autorités iraniennes, le basculement vers un « second niveau » est assumé. Il s’agit d’un affrontement sécuritaire interne, mené par des relais locaux tels que certaines factions armées kurdes, l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI) ou encore le groupe Jaish al-Adl, dans un contexte de fragilisation monétaire soigneusement exploité.
Une réponse iranienne sur deux fronts
Face à ce qu’elle considère comme l’exécution d’une stratégie de déstabilisation planifiée, la République islamique d’Iran a adopté une approche à double volet.
Sur le plan économique, le gouvernement a engagé des réformes sensibles visant à stabiliser le taux de change, à limiter l’épuisement des ressources publiques issues des revenus pétroliers et à neutraliser les réseaux spéculatifs opérant via des plateformes illégales. Il a également annoncé la redistribution directe d’environ 10 milliards de dollars, issus des économies réalisées sur la réforme des subventions, à l’ensemble des 85 millions d’Iraniens, étalée sur plusieurs mois.
Parallèlement, un durcissement sécuritaire est assumé. Les services de sécurité traitent désormais certaines manifestations comme des menaces armées. La protection de la sécurité nationale face aux réseaux liés au Mossad est présentée comme prioritaire, sans compromis possible.
Une pression politique aux objectifs clairs
Au-delà des frontières iraniennes, la lecture stratégique est explicite. L’objectif final de cette instabilité est d’exercer une pression maximale sur le pouvoir politique iranien afin de le contraindre à négocier avec les États-Unis depuis une position de faiblesse.
Dans ce scénario, Washington miserait sur des incitations économiques ciblées et un allègement partiel des sanctions en échange de concessions majeures. Celles-ci porteraient principalement sur le programme nucléaire, avec l’exigence d’un arrêt total de l’enrichissement de l’uranium, ainsi que sur le programme balistique iranien, considéré comme un point de friction central par les États-Unis et Israël.

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