L’opération militaire menée par les États-Unis au Venezuela début janvier 2026, qui a abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro, marque un tournant inquiétant dans les relations inter-étatiques en Amérique latine. Cette action soulève des questions graves sur la souveraineté des États, l’application du droit international et la persistance d’une logique d’occupation politique dans l’hémisphère ouest.
Dans un contexte où Washington affirme agir contre le “narcoterrorisme”, cette opération illustre surtout une reprise agressive de la doctrine de domination régionale qui, historiquement, a servi d’alibi aux ingérences américaines.
La doctrine Monroe réactivée comme justification
D’origine 1823, la doctrine Monroe a d’abord été présentée comme une déclaration opposant toute nouvelle colonisation européenne dans les Amériques. Toutefois, au fil des décennies, cette doctrine a été transformée en instrument d’interventionnisme états-unien au Sud du continent.
Caricature politique tirée du « New York Herald », vers 1904, montrant des Européens observant la puissance navale américaine. (Bettmann/Getty Images)
Publié le 9 novembre 2009

Ainsi, ce principe, réinterprété à diverses époques (par exemple, via le corollaire Roosevelt qui justifiait l’ingérence sous prétexte de “police internationale”), a servi à légitimer des interventions dans les affaires intérieures de nations souveraines.
Les récents événements au Venezuela soulignent une nouvelle instrumentalisation de cette doctrine pour justifier une intervention militaire unilatérale qui viole les principes même du droit international, notamment l’article 2(4) de la Charte des Nations unies qui interdit l’usage de la force sans autorisation du Conseil de sécurité.
Réactions internationales : légalité et souveraineté
La réaction de la communauté internationale a été rapide et diverse. Plusieurs gouvernements, dont l’Espagne, ont condamné l’opération comme une violation du droit international. D’autres voix, comme celles de pays d’Amérique latine, voient dans cette action un retour au modèle historique d’ingérence impériale qui nie la légitimité des peuples à déterminer leur propre avenir.
Cette condamnation internationale met en lumière une contradiction fondamentale : le principe de souveraineté étatique face à l’exercice unilatéral de puissance. L’opération a aussi ravivé les débats sur l’équilibre entre lutte contre le crime organisé et respect des normes internationales établies par l’Organisation des Nations unies.
Une région secouée par les pressions et la polarisation
Au-delà du Venezuela, cette intervention provoque un effet domino politique dans toute l’Amérique latine :
- Des gouvernements latino-américains dénoncent un retour de l’hégémonie américaine, perçue comme une remise en cause de leur autonomie politique.
- L’opposition est renforcée par les préoccupations sur le respect des normes internationales et par la volonté de protéger les territoires latino-américains contre toute forme d’occupation indirecte.
- Certains dirigeants sud-américains ont clairement souligné que la légitimité d’un État ne peut être imposée par une puissance externe.
Ce mouvement confirme que la région ne se laissera pas réduire à un simple champ d’influence, comme l’ont démontré les tentatives historiques de saper l’autodétermination des peuples latino-américains.
Leçons historiques et parallèles contemporains
L’intervention américaine au Venezuela rappelle des épisodes du passé, où des puissances extérieures ont bafoué la souveraineté des peuples pour servir leurs intérêts économiques et géopolitiques. Dans ce contexte, la réaffirmation de principes tels que :
- l’intégrité territoriale
- la libre détermination des peuples
- le respect du droit international
est essentielle pour contrer toute forme d’occupation détournée sous couvert de lutte contre le crime ou de “stabilité régionale”. L’expérience montre que lorsque la force prime sur le dialogue, la paix et la justice durable s’éloignent.
L’opération américaine au Venezuela n’est pas un simple épisode géopolitique isolé. Elle révèle un retour (ou une continuité) d’une logique de domination hégémonique justifiée par des interprétations étendues de doctrines anciennes. Cette action met clairement en péril les normes fondamentales du droit international et la liberté des peuples à décider de leur propre destin dans un cadre de dignité et de souveraineté partagée.

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