À Gaza, les groupes de collaborateurs palestiniens parrainés par Israël, initialement présentés comme un levier du « jour d’après », ont perdu toute fonction politique ou civile. Ils ne sont plus aujourd’hui que des instruments de répression et de violence, mobilisés contre les civils déplacés qui tentent de rentrer chez eux ou contre des combattants palestiniens encerclés.
Une scène révélatrice d’un ordre inversé
La vidéo diffusée récemment par Ghassan Al-Dahini, l’un des chefs de ces groupes, illustre un moment de profonde dégradation morale et politique. On y voit ce dernier exhiber le combattant palestinien Abou Bakr Al-Akkr, figure reconnue des Brigades Al-Qassam à Rafah, tout en proférant des menaces explicites contre le mouvement Hamas.
Abou Bakr Al-Akkr faisait partie d’un groupe de douze combattants encerclés dans les tunnels de la ville. Selon des informations rapportées par la presse israélienne, ils auraient tenté de rejoindre des zones habitées de Khan Younès avant d’être repérés par un drone, puis attaqués par un char et une frappe aérienne, causant la mort immédiate de trois d’entre eux. Les images montrent des hommes épuisés, affamés, physiquement affaiblis — une réalité conforme aux conditions extrêmes imposées par le siège militaire de Gaza.
Cette scène n’est pas une première pour Ghassan Al-Dahini, déjà apparu par le passé aux côtés de corps de combattants tués. Mais elle marque un point de non-retour : récemment désavoué par sa propre famille élargie, il a définitivement rompu avec toute possibilité d’intégration future dans la société gazaouie.
Aucun avenir politique dans les territoires palestiniens
Dans ce contexte, la Commission gouvernementale d’urgence à Gaza — avec l’aval de médiateurs régionaux — a catégoriquement exclu toute intégration de ces groupes dans un futur dispositif sécuritaire. Si la reconstruction devait concerner l’ensemble du territoire, à l’est comme à l’ouest de la bande de Gaza, et si une administration civile unifiée devait en reprendre la gestion, ces groupes armés liés à l’occupation israélienne n’y auraient aucune place.
Les principaux chefs de ces réseaux — Ghassan Al-Dahini, Hossam Al-Asṭal, Rami Helles et Ashraf Al-Manassi — se sont progressivement placés en confrontation directe avec l’ensemble de la société palestinienne. Ayant compris qu’ils ne constitueraient jamais une alternative politique crédible à Hamas, ni ne seraient acceptés dans une structure sécuritaire reconnue, ils ont opté pour une escalade dans la collaboration, espérant une protection durable de l’occupant israélien. Une illusion : ils sont rejetés à la fois par la population palestinienne et, de plus en plus, perçus comme un fardeau par Israël lui-même.
La peur au cœur même des réseaux de collaborateurs
Malgré leur brutalité affichée, ces groupes traversent une crise interne profonde. D’après des informations publiées par le quotidien libanais Al-Akhbar (source journalistique identifiée), les chefs de ces réseaux vivent dans un climat permanent de suspicion, y compris envers leurs propres membres.
Ainsi, Ashraf Al-Manassi aurait ordonné l’exécution de plus de dix de ses hommes, sur la base de simples soupçons de déloyauté. Cette dérive s’est accentuée après la mort du bras droit de Rami Helles, tué lors d’une opération de la résistance palestinienne dans le quartier de Shuja’iyya.
Ces faits contredisent directement l’hypothèse israélienne selon laquelle ces groupes pourraient administrer des zones dites du « trait jaune » et y établir une forme de gouvernance civile — avec écoles, hôpitaux et marchés — destinée à attirer des centaines de milliers de déplacés. En réalité, même au plus fort de la famine et de la détresse humanitaire, les civils palestiniens ont refusé de se rendre dans les zones contrôlées par ces groupes, identifiés comme des agents de l’occupation.
De projet politique à outil de coercition
Après le cessez-le-feu, l’échec est devenu manifeste. Ces groupes se sont transformés en forces supplétives chargées d’intimider, de traquer et parfois de tuer ceux qui tentaient de rentrer chez eux ou de se retirer des combats. Composés en grande partie d’individus déjà marginalisés — criminels, trafiquants ou auteurs de violences — ils incarnent aujourd’hui une impasse totale.
Dans un territoire marqué par l’occupation, la colonisation et des violations documentées du droit international humanitaire — régulièrement dénoncées par l’ONU, Amnesty International, Human Rights Watch ou le CICR — ces réseaux de collaborateurs ne représentent ni une solution politique ni un avenir possible. Ils ont creusé un fossé irréversible avec la société palestinienne, fondé sur une relation de vengeance et de rejet que le temps ne suffira pas à effacer.

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