La « Garde révolutionnaire » a appelé les Iraniens à manifester dans tout le pays afin de porter un « coup dur » à Washington et Tel-Aviv.
Les États-Unis et Israël semblent avoir franchi un seuil supplémentaire dans leur stratégie de confrontation avec l’Iran. Après des années de pressions diplomatiques et de sanctions, une phase plus risquée se dessine désormais : encouragement des troubles sécuritaires, soutien indirect à des formes de violence organisée et préparation possible d’un scénario militaire présenté comme décisif. Plusieurs signaux concordants, observés ces derniers jours, indiquent une volonté assumée d’exploiter ce que Washington et Tel-Aviv considèrent comme une « fenêtre d’opportunité » pour affaiblir durablement le pouvoir à Téhéran, malgré les mises en garde répétées contre les conséquences régionales d’une telle fuite en avant.
Du côté iranien, les autorités affirment avoir pris la mesure de cette escalade. Selon leur lecture, les événements en cours ne relèvent plus d’un mouvement social aux revendications économiques ou politiques, mais d’une campagne de déstabilisation structurée, impliquant des réseaux étrangers, notamment liés au Mossad. Cette analyse sert de justification à un durcissement sécuritaire présenté comme nécessaire, tandis que le pouvoir tente parallèlement de renforcer sa base sociale par des mesures politiques et économiques. Tous les indicateurs convergent vers un moment jugé décisif par les différentes parties.
Washington : du discours de menace à la révision de scénarios
Après avoir évoqué publiquement, par la voix de Donald Trump, la possibilité d’une action militaire en soutien aux manifestations en Iran, la Maison-Blanche semble désormais s’engager dans une phase d’évaluation plus structurée. Selon plusieurs médias américains, l’exécutif examine différents scénarios de réponse, sans qu’une décision formelle n’ait été prise à ce stade.
Les observateurs soulignent qu’une intervention militaire directe comporterait des risques majeurs : effets contre-productifs sur le terrain iranien, consolidation du pouvoir en place et déstabilisation régionale. Des analystes occidentaux et israéliens avertissent qu’une telle option pourrait affaiblir les dynamiques de contestation plutôt que les renforcer.
Dans un contexte marqué par une coupure quasi totale d’Internet et des communications en Iran, les informations circulent surtout via les réseaux sociaux, rendant toute évaluation indépendante difficile. Les fuites médiatiques se multiplient toutefois. Le Wall Street Journal rapporte que l’administration américaine a sollicité l’avis de plusieurs agences fédérales sur des cibles potentielles et des options non conventionnelles, dont l’envoi d’équipements permettant l’accès à Internet par satellite via Starlink. Le site Axios évoque, pour sa part, l’hypothèse du déploiement d’un porte-avions dans la région et d’opérations cybernétiques ciblées, certains responsables estimant qu’une frappe militaire massive pourrait paradoxalement compromettre les protestations.
De son côté, le New York Times indique que Donald Trump n’a pas arrêté de décision définitive, tout en envisageant une action militaire en réponse à la répression des manifestations.
Un discours américain de plus en plus interventionniste
Le président américain a réaffirmé publiquement la volonté de son administration de « soutenir les Iraniens dans leur quête de liberté ». Cette fois, il est allé plus loin en suggérant que les États-Unis pourraient intervenir indépendamment du niveau de violence exercé par les autorités iraniennes. Sur sa plateforme Truth Social, il a écrit que « l’Iran aspire à la liberté plus que jamais » et que Washington se tenait « prêt à aider ».
Des experts israéliens, comme Raz Zimet de l’Institut d’études de sécurité nationale, estiment qu’une intervention américaine pourrait offrir un élan symbolique aux protestations, tout en produisant des effets contradictoires : dissuasion d’une partie de la population et retard de l’engagement de secteurs hostiles à toute ingérence étrangère. Selon cette analyse, un attentisme stratégique resterait, à court terme, l’option la moins risquée, même si la poursuite de la répression pourrait pousser Washington à agir pour préserver sa crédibilité internationale.
Réactions iraniennes et menaces de représailles
En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique a appelé à des rassemblements nationaux afin d’adresser un « message clair » aux États-Unis et à Israël. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a accusé ces deux États de chercher à semer le chaos en instrumentalisant des « fauteurs de troubles et des groupes terroristes », tout en promettant d’écouter les revendications sociales et d’apporter des réponses économiques.
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a adopté un ton plus offensif, avertissant que toute attaque américaine rendrait Israël et les bases militaires américaines dans la région des « cibles légitimes ». Il a explicitement évoqué la possibilité de frappes préventives fondées sur des « indices objectifs de menace ».
Israël en état d’alerte stratégique
Les autorités israéliennes suivent de près l’évolution de la situation iranienne, y voyant un moment charnière susceptible de remodeler l’équilibre régional. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a publiquement salué le « courage » des manifestants iraniens et exprimé son soutien à ce qu’il décrit comme leur lutte pour la liberté, affirmant qu’Israël serait un « partenaire loyal » d’un futur Iran libéré du régime actuel.
Selon l’agence Reuters, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a discuté par téléphone avec Netanyahou de la possibilité d’une intervention américaine, illustrant le niveau élevé de coordination entre les deux alliés. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a pour sa part déclaré qu’un changement de régime en Iran pourrait affaiblir des mouvements tels que le Hamas, le Hezbollah ou les Houthis.
Sur le plan sécuritaire, les médias israéliens indiquent que l’armée se maintient en état de préparation défensive, toute action étant conditionnée à une coordination étroite avec Washington. Des réunions successives du cabinet de sécurité et de commissions parlementaires sont prévues pour évaluer les scénarios possibles, tandis que les autorités civiles ont été invitées à renforcer leur niveau de vigilance.
Une escalade lourde de conséquences régionales
Au-delà des discours et des fuites, la séquence actuelle révèle une dynamique d’escalade qui dépasse le seul dossier iranien. Dans une région déjà marquée par l’occupation, la colonisation et les violations répétées du droit international — notamment dans les territoires palestiniens, à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est — toute aventure militaire supplémentaire risquerait d’aggraver l’instabilité globale. Les institutions internationales, de l’ONU à la Cour internationale de Justice, rappellent régulièrement que le recours à la force et l’ingérence violent les principes fondamentaux du droit international humanitaire.

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