Vue aérienne des destructions à Gaza-ville, le 15 octobre 2025 – / AFP
Un “abîme fait de mains d’homme”
Le 25 novembre 2025, l’agence de l’ONU pour le commerce et le développement (CNUCED / UNCTAD) a publié un rapport accablant. Selon ce document, la guerre menée par Israël à Gaza, couplée à des restrictions économiques et de circulation, a provoqué l’effondrement le plus grave jamais enregistré dans le territoire palestinien occupé.
La CNUCED décrit Gaza comme entrée dans un « abîme fait de mains d’homme » (human-made abyss), où l’infrastructure, l’économie productive, les services publics, tout a été ravagé — effaçant des décennies de progrès social et économique.
Des chiffres qui racontent une tragédie
- En 2024, le produit intérieur brut (PIB) de Gaza s’est effondré de 83 % par rapport à 2023. Sur la période 2023–2024, le recul cumulé atteint 87 %, pour un PIB total de seulement 362 millions de dollars.
- Le PIB par habitant est tombé à 161 $, l’un des plus faibles niveaux au monde.
- Cela signifie qu’en deux ans, l’économie de Gaza a perdu une grande partie de sa valeur — la base productive, les entreprises, les infrastructures, presque tout.
Cette chute vertigineuse n’est pas simplement économique : elle se traduit par une pauvreté généralisée, un chômage massif, la destruction de logements, d’écoles, d’hôpitaux, et la perte de services essentiels.
Le Territoire palestinien occupé : des décennies de développement effacées
Le rapport de l’ONU ne se limite pas à Gaza. Sur l’ensemble des Territoires palestiniens occupés, le recul est dramatique :
- Le PIB total a replongé au niveau de 2010.
- Le PIB par habitant est retombé au niveau de 2003. En moins de deux ans, 22 ans de développement se sont effacés.
- Selon la CNUCED, ce recul efface des décennies de progrès humain, économique et social.
Reconstruction : un défi colossal — et de longue haleine
La CNUCED estime que la reconstruction de Gaza nécessitera un effort international massif.
- Le coût est évalué à plus de 70 milliards de dollars.
- Même dans le scénario le plus optimiste — avec une aide étrangère importante, une reprise rapide de la paix, un accès libre aux matériaux — le rétablissement des niveaux d’avant 2023 prendra des décennies.
- Dans l’immédiat, la population vit sous le régime d’une “dépendance quasi totale à l’aide extérieure”.
Pourquoi cette catastrophe économique ?
Plusieurs facteurs expliquent l’effondrement :
- Une décennie et demie de blocus, de restrictions à l’entrée de marchandises, d’impossibilité d’importer des intrants productifs (équipements, matériel, technologies).
- Des opérations militaires répétées, qui ont détruit des infrastructures vitales – logements, usines, hôpitaux, écoles, installations agricoles, réseaux d’eau, d’électricité, de télécommunications.
- Un effondrement de la base productive et un déplacement massif de population, qui a anéanti tout espoir de reprise économique sans une reconstruction de fonds.
- Dans les Territoires palestiniens occupés (West Bank comprise) : expansion des colonies, restrictions de circulation, inégalités structurelles, blocage des transferts fiscaux — autant de causes de crise économique.
Un appel urgent à la communauté internationale
Face à ce désastre, la CNUCED appelle à deux choses :
- Un cessez-le-feu durable, garantissant un environnement stable pour toute reconstruction.
- Un financement international à long terme — non pas ponctuel — pour reconstruire l’économie, réhabiliter les infrastructures, restaurer les services publics, relancer la production et redonner dignité et espoir à 2,3 millions d’habitants.
Gaza au bord du gouffre : un effondrement qui exige une riposte globale
Ce que révèle le dernier rapport de l’ONU transcende les simples statistiques. Il met en lumière l’échec — collectif — à protéger un peuple, un territoire, un avenir. Gaza n’est pas seulement meurtrie par les bombes : elle est en train de perdre ses racines, sa capacité à travailler, à produire, à vivre dignement.
Si la communauté internationale ne répond pas de manière coordonnée, avec des moyens massifs, soutenus et durables, ce n’est pas seulement la reconstruction qui sera compromise : c’est l’espoir.
Gaza mérite plus qu’un plan de reconstruction. Elle mérite une renaissance

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