UNRWA Palestine

La destruction publique de locaux de l’UNRWA à Jérusalem-Est marque une nouvelle étape dans la volonté d’Israël d’éliminer durablement l’agence onusienne des territoires palestiniens occupés. Après le démantèlement d’un complexe emblématique de l’ONU dans la ville, les autorités israéliennes poursuivent leur offensive politique et administrative, sans que des mécanismes internationaux contraignants ne parviennent, à ce stade, à l’enrayer.

L’attaque contre l’UNRWA n’est pas récente. Toutefois, le passage à des démolitions visibles, assumées et médiatisées de ses infrastructures constitue une rupture. Mardi matin le 20 janvier 2026, des forces d’occupation israéliennes, appuyées par des bulldozers, ont investi le siège de l’agence à Jérusalem-Est et procédé à la destruction de plusieurs bâtiments, sous la supervision directe du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Celui-ci a qualifié l’opération de « moment historique » pour la souveraineté israélienne à Jérusalem.

Des images diffusées par les agences de presse montrent le drapeau israélien hissé sur le bâtiment principal du complexe. Or, ce site appartenait à l’origine à une famille palestinienne expulsée lors de la Nakba de 1948. L’hostilité municipale à l’égard de l’UNRWA dans la ville ne date pas d’hier : dès 2018, le maire de Jérusalem de l’époque, Nir Barkat, avait publiquement menacé de fermer les bureaux de l’agence dans la partie orientale de la ville.

Une justification israélienne contestée par l’ONU

À la suite de la démolition, le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé que le complexe, qualifié de « site de l’UNRWA-Hamas », ne fonctionnait plus et ne bénéficiait d’aucune immunité. Selon Tel-Aviv, la saisie du site relèverait à la fois du droit israélien et du droit international.

Ces affirmations ont été formellement démenties par les Nations unies. Le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, a rappelé que l’UNRWA louait ce complexe à la Jordanie depuis 1952, qu’elle en avait la jouissance exclusive jusqu’en 1967, et que cette situation s’était poursuivie après l’occupation israélienne de Jérusalem-Est. Il a souligné que la Cour internationale de Justice (CIJ) a établi le caractère illégal de cette occupation, position également confirmée par l’Assemblée générale des Nations unies.

Farhan Haq a en outre insisté sur le statut juridique du site : en tant qu’installation des Nations unies, il est protégé par la Convention sur les privilèges et immunités de l’ONU, qui engage l’ensemble des États membres à respecter cette inviolabilité sans exception (ONU, CIJ).

Un choix politique assumé

Dans les faits, aucune protection juridique ne semble aujourd’hui en mesure de préserver les infrastructures de l’UNRWA, à Jérusalem comme ailleurs. La décision est avant tout politique. L’adoption par la Knesset, en décembre 2024, d’une loi interdisant les activités de l’UNRWA reflète un consensus rare en Israël, réunissant majorité et opposition autour d’un même objectif : faire disparaître une institution perçue comme l’un des derniers piliers internationaux de la question des réfugiés palestiniens.

Hakam Shahwan, ancien président du bureau exécutif et du syndicat des employés de l’UNRWA, estime que cette démarche vise explicitement à rompre tout lien entre la communauté internationale et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Il souligne qu’après octobre 2023 et la guerre contre Gaza, les autorités israéliennes ont considéré le contexte suffisamment favorable pour étendre leur offensive et expulser l’agence de l’ensemble des territoires palestiniens occupés.

Fermetures, coupures et asphyxie progressive

Le 12 du mois en cours, les forces d’occupation ont déjà investi un centre de santé de l’UNRWA à Jérusalem-Est et ordonné sa fermeture. Dans les semaines à venir, Israël prévoit de couper l’eau et l’électricité des installations de l’agence, y compris les écoles et les structures médicales, en application directe des nouvelles législations adoptées par la Knesset. La confiscation du centre de formation professionnelle de Qalandia, au nord de Jérusalem, est également envisagée.

Parallèlement à cette pression directe, l’UNRWA subit un étranglement financier sévère. Son commissaire général, Philippe Lazzarini, a annoncé une réduction temporaire des horaires de services dans l’ensemble des zones d’opération de l’agence à compter du 1er février 2026, faute de financements suffisants. Il a également procédé au licenciement de personnels de Gaza bloqués en Égypte et à l’externalisation de la sécurité du siège régional en Jordanie. Ces déclarations sont rapportées par l’UNRWA elle-même.

Une réponse internationale limitée

Face à cette escalade, ni l’UNRWA ni les Nations unies ne semblent aujourd’hui en mesure de s’opposer concrètement aux décisions israéliennes. Des tentatives diplomatiques pour protéger le complexe de Jérusalem ont échoué. Selon Hakam Shahwan, la direction de l’agence avait déjà quitté les lieux et transféré ses bureaux hors de la ville, bien avant l’adoption de la loi israélienne, sans justification opérationnelle claire.

Interrogé sur d’éventuelles actions juridiques, Farhan Haq a indiqué que l’ONU évaluait encore les options disponibles. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a néanmoins averti qu’Israël pourrait être traduit devant la Cour internationale de Justice si les lois visant l’UNRWA n’étaient pas abrogées et si les biens saisis n’étaient pas restitués (ONU).

Selon Shahwan, une voie judiciaire reste théoriquement possible. L’agence pourrait solliciter une mesure conservatoire urgente afin d’empêcher toute nouvelle confiscation et de maintenir le site sous contrôle onusien jusqu’à une décision finale. Une telle procédure serait longue, mais elle permettrait, au moins temporairement, de rappeler la primauté du droit international dans les territoires palestiniens occupés.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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