Awdah Hathaleen et son fils aîné, Watan, à Umm Al-Khair, en Cisjordanie, mars 2021. (Emily Glick)

Le 28 juillet 2025, un colon israélien a abattu Awdah Al Hathaleen dans son propre village, en Cisjordanie occupée.
Depuis des années, ce militant palestinien documentait l’expansion coloniale israélienne et les violences qui l’accompagnent. Sa mort révèle, une fois de plus, une réalité bien établie : dans les territoires palestiniens occupés, les colons bénéficient d’une impunité quasi totale, malgré les alertes internationales répétées.


Umm al-Khair, un village bédouin sous pression constante

Fin juillet 2025, Umm al-Khair subit une nouvelle démonstration de force.
Ce village bédouin d’environ 500 habitants, situé dans les collines du sud d’Hébron, vit encerclé par les colonies israéliennes. Ce jour-là, un bulldozer entame des travaux à proximité immédiate des habitations.

Pendant que les engins creusent la terre, les habitants pleurent leur mort.
Ils enterrent Awdah Al Hathaleen, 31 ans, père de trois enfants, professeur d’anglais et documentariste. Depuis longtemps, il s’opposait pacifiquement à la colonisation israélienne en Cisjordanie, caméra à la main.


Une exécution filmée, suivie d’aucune poursuite

Très vite, les images circulent.
On y voit un colon armé, installé sur un bulldozer, pointer son pistolet vers les villageois. Quelques instants plus tard, une balle atteint Awdah Al Hathaleen, qui s’effondre.

Les témoins identifient rapidement le tireur : Yinon Levi.
Dans la région, son nom reste associé à plusieurs incidents violents. L’Union européenne l’avait sanctionné pour violations des droits humains. De leur côté, les États-Unis avaient également imposé des sanctions, avant de les lever en janvier 2025.

Malgré ces éléments, les autorités israéliennes relâchent rapidement le colon.
Après moins de 24 heures de garde à vue et quelques jours d’assignation à résidence, il retrouve sa liberté. À ce jour, aucune charge ne pèse contre lui.

Cette absence de poursuites ne surprend pas.
Les Nations unies et plusieurs ONG documentent depuis des années le manque systématique d’enquêtes crédibles concernant les violences commises par les colons.


Dix jours de rétention du corps, une pression supplémentaire

Selon la tradition musulmane, l’inhumation doit avoir lieu rapidement.
Pourtant, les autorités israéliennes ont retenu le corps d’Awdah Al Hathaleen pendant dix jours. Durant cette période, elles ont imposé à la famille des conditions strictes concernant les funérailles.

Finalement, l’enterrement a eu lieu sous contrôle militaire. Seuls quelques proches, des habitants du village et de rares journalistes ont pu assister à la cérémonie, après avoir franchi plusieurs checkpoints.

Le Comité international de la Croix-Rouge rappelle pourtant que la rétention de corps constitue une violation du droit international humanitaire.


Un acteur clé de la mémoire de l’occupation

Awdah Al Hathaleen a joué un rôle central dans le documentaire No Other Land, récemment récompensé aux Oscars.
Le film montre, sans détour, la violence quotidienne exercée par les colons israéliens et l’avancée continue des colonies sur les terres palestiniennes.

Par ailleurs, son engagement dépassait largement Umm al-Khair.
Nadav Weiman, directeur de Breaking the Silence, décrit un homme pacifique, cultivé et capable d’expliquer avec clarté ce que signifie vivre sous occupation militaire.

Après sa mort, des centaines de personnes se sont réunies en ligne pour lui rendre hommage.
Dans le même temps, plusieurs diplomates européens se sont rendus au village afin d’exprimer leurs condoléances.


Une colonisation de plus en plus violente depuis 2023

Les chiffres confirment une escalade préoccupante.
Selon l’OCHA, l’agence humanitaire des Nations unies, les colons israéliens ont mené plus de 2 000 attaques entre janvier et juin 2025.

Durant la même période, 647 Palestiniens ont perdu la vie en Cisjordanie occupée.
Six ont été tués directement lors d’attaques de colons, tandis que la majorité des autres sont morts lors d’opérations menées par les forces israéliennes. En 2024, l’OCHA recensait déjà 1 420 attaques similaires.

Cette hausse coïncide avec la composition du gouvernement israélien actuel, dominé par des partis favorables à la colonisation, et avec la militarisation accrue depuis octobre 2023.


Arrestations nocturnes et intimidation quotidienne

Après la mort d’Awdah Al Hathaleen, l’armée israélienne intervient de nuit à Umm al-Khair.
Elle procède à l’arrestation de plus d’une douzaine de jeunes hommes, accusés notamment de jets de pierres. Plusieurs restent détenus plus d’une semaine.

Face à cette situation, des militants israéliens et internationaux modifient leurs pratiques.
Désormais, ils passent la nuit dans les maisons palestiniennes afin de dissuader les violences et de documenter les abus.

Amnesty International souligne régulièrement que l’absence de témoins favorise l’impunité dans les territoires palestiniens occupés.


Le dernier message d’alerte

Peu avant sa mort, Awdah Al Hathaleen envoie un message à son groupe WhatsApp.
Il y alerte sur une tentative de sabotage de l’approvisionnement en eau du village par des colons.

L’accès à l’eau constitue un levier central du contrôle israélien en Cisjordanie.
L’ONU rappelle que la destruction ou l’entrave aux infrastructures hydrauliques viole le droit international humanitaire0


Une mère face à la violence coloniale

Sous la tente de deuil, Khadra Al Hathaleen raconte les derniers instants.
Ce jour-là, son fils préparait un voyage lorsque le bulldozer a commencé à détruire les oliviers. Alerté, il est sorti. Elle l’a suivi.

Rapidement, elle a vu le sang.
Elle affirme également qu’un homme l’a frappée lorsqu’elle a tenté d’accompagner son fils encore vivant dans l’ambulance. Aujourd’hui, une ecchymose sombre marque toujours sa main.

À l’endroit où Awdah est tombé, les habitants ont disposé des pierres autour du béton taché de sang.


Une impunité désormais structurelle

Plus de deux semaines après le meurtre, Yinon Levi continue de travailler à Umm al-Khair.
Protégé, il circule librement sur la terre même où Awdah Al Hathaleen a été tué.

Ce cas ne constitue pas une exception.
La Cour internationale de Justice a rappelé en 2024 que la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est viole le droit international.

Ni les sanctions internationales, ni la reconnaissance culturelle, ni la visibilité médiatique ne protègent les Palestiniens.
À Umm al-Khair, comme ailleurs, dès que les regards se détournent, les bulldozers reviennent.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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