le « Rahbar » Khamenei, imam de la Perse hachémite

Depuis sa survie à une tentative d’assassinat en 1981, Ali Khamenei s’est imposé comme l’une des figures centrales de l’Iran contemporain, qu’il dirige depuis plus de trois décennies. Son héritage politique conjugue la consolidation d’un État issu de la révolution et l’affirmation constante du soutien à la cause palestinienne face à l’Occident et à Israël.

En 1981, le monde découvre Ali Khamenei : un quadragénaire demeuré d’un calme remarquable alors qu’il prononce le prêche du vendredi dans la mosquée Abou Dharr al-Ghifari, au sud de Téhéran, lorsqu’une bombe dissimulée dans un magnétophone explose devant l’assemblée. L’attentat lui laisse le bras droit paralysé à vie. Cette épreuve marque un tournant : il accède peu après à la présidence de la République islamique, fonction qu’il occupe jusqu’en 1989, succédant à Mohammad Ali Rajaï, assassiné la même année.

Avant cette blessure, Khamenei avait déjà connu l’emprisonnement à six reprises sous le règne du Shah. La victoire de la Révolution islamique le conduit à siéger au premier Conseil consultatif islamique formé par l’imam Rouhollah Khomeini. Il participe également à la fondation du Parti républicain islamique, aux côtés de Hachemi Rafsandjani et de Mohammad Beheshti, ce dernier périssant lui aussi dans un attentat en 1981.

Originaire de Machhad, capitale du Khorassan, Khamenei est issu d’une famille d’ascendance azérie liée à Tabriz, et revendique des origines arabes hachémites. Son grand-père paternel vécut à Nadjaf, en Irak. Ce parcours explique sa maîtrise du persan, de l’arabe et du turc. Il suit sa formation religieuse dans les séminaires de Machhad et de Qom, ainsi qu’à Nadjaf. Passionné de littérature et de poésie arabes, il s’intéresse également aux penseurs du mouvement islamique, notamment Sayyid Qutb, dont il traduit plusieurs ouvrages en persan. Il rapporta avoir été profondément ému en apprenant, en prison, la mort de Gamal Abdel Nasser.

Sa présidence coïncide avec la guerre de huit ans contre l’Irak de Saddam Hussein. Cette période voit émerger des divergences internes, notamment avec le courant dit de gauche du Parti républicain islamique, mené par Mir Hossein Moussavi, alors Premier ministre. Ces tensions conduisent à la dissolution du parti par l’imam Khomeini et à la suppression du poste de Premier ministre. Après le décès du fondateur de la République islamique, Khamenei est élu Guide suprême (Vali-e Faqih). Une révision constitutionnelle permet alors son accession à la fonction de « Rahbar-e Enghelab-e Eslami » — Guide de la Révolution islamique.

Aux côtés de Rafsandjani, élu président après lui, Khamenei marque la décennie 1990. L’Iran, sorti d’un conflit dévastateur, adopte le mot d’ordre de la « reconstruction » : développement des infrastructures, soutien à l’industrialisation et à la production nationale, renforcement des capacités militaires et redéfinition de la doctrine de sécurité nationale. Cette phase correspond à la transition d’un régime révolutionnaire vers un État structuré. Toutefois, Khamenei insiste sur la préservation du caractère révolutionnaire de cet État, défendant l’idée d’une révolution continue.

Dans cette perspective, sa ligne diplomatique — résumée par les principes de « sagesse, dignité, intérêt » — maintient un soutien affirmé aux mouvements de résistance au Liban et en Palestine, notamment le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique. Sous son autorité, ces relations s’inscrivent dans la doctrine iranienne de sécurité nationale. Ses liens personnels avec les dirigeants de ces organisations ont souvent été décrits comme étroits.

Les tensions avec Rafsandjani, puis les manifestations de 2009 (dites « Mouvement vert »), constituent des moments de fracture interne. Néanmoins, son attachement aux orientations définies par Khomeiny, soutenu par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique et les Bassidjis, consolide la position de l’Iran comme acteur majeur d’opposition à l’influence occidentale et israélienne.

L’histoire iranienne garde en mémoire l’année 1941, lorsque le Shah Reza Pahlavi, soupçonné de sympathies envers l’Allemagne nazie, est contraint d’abdiquer après l’invasion conjointe du Royaume-Uni et de l’Union soviétique. Cette séquence demeure un précédent dans les débats contemporains sur la souveraineté et l’ingérence étrangère. L’avenir dépendra de la continuité ou non de la ligne politique incarnée par le dirigeant originaire du Khorassan, associé à la consolidation de l’influence régionale iranienne.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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