Une prise de position rare, d’une clarté absolue
À Jérusalem, les voix des patriarches et des chefs des Églises se sont élevées d’un seul souffle contre le plan proposé par Donald Trump visant à déplacer les habitants de Gaza vers d’autres pays au nom d’un prétendu projet de “développement”.
Pour ces responsables religieux, ce projet franchit une ligne rouge : il porte atteinte à la dignité humaine d’un peuple qui vit depuis des générations sur sa terre, et transforme une tragédie humanitaire en calcul politique.
Dans un communiqué commun signé notamment par le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, et le père Francesco Patton OFM Cap, Custode de Terre Sainte, les Églises affirment soutenir pleinement la position du roi Abdallah II de Jordanie et du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui ont tous deux rejeté la proposition américaine.

“Une injustice qui frappe au cœur même de la dignité humaine”
Le refus clair d’un exil forcé
Pour les responsables chrétiens de Jérusalem, l’idée même d’un déplacement massif des Gazaouis est moralement inacceptable.
Ils rappellent que ces familles — parfois installées depuis des siècles — ont déjà perdu leurs maisons, leurs quartiers, leurs lieux de mémoire. Les contraindre à l’exil reviendrait à les priver de ce qui reste de leur identité, de leur histoire et de leur avenir.
« Les habitants de Gaza ne doivent pas être dépouillés de leur terre, de leur patrimoine et de leur droit de rester où leurs ancêtres ont vécu », écrivent-ils.
Un message simple, direct : aucune logique sécuritaire ou stratégique ne peut justifier d’effacer un peuple de sa terre.
Mettre fin à la catastrophe humanitaire : une urgence absolue
Accès total à l’aide humanitaire
Les responsables chrétiens avertissent : sans action immédiate de la communauté internationale, la crise humanitaire dans la bande de Gaza continuera de s’aggraver.
Ils appellent à un accès immédiat, complet et sans restriction à l’aide, rappelant que refuser cette assistance reviendrait à abandonner un peuple déjà à bout de forces.
Dans leurs mots, « les abandonner maintenant reviendrait à abandonner notre humanité commune ».
Une formule qui raisonne comme un rappel : la question de Gaza dépasse les frontières, les politiques et les stratégies. Elle engage les valeurs les plus fondamentales.
La position de l’Église catholique : une opposition ferme et constante
Le Vatican rappelle : “Quiconque est né à Gaza doit rester sur sa terre”
Au Vatican, le message est également sans ambiguïté.
Le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, a réaffirmé le 13 février que le déplacement forcé des Gazaouis n’est pas une option acceptable. Il a rappelé la position historique du Vatican : la seule issue viable demeure une solution à deux États, fondée sur le droit et le respect mutuel.

Dans un entretien au quotidien italien L’Eco di Bergamo, il a mis en garde contre les “impositions unilatérales” qui menacent les droits de peuples entiers — une critique directe du plan Trump.
Un rejet partagé au-delà des frontières chrétiennes
Les voix religieuses se multiplient
Le Conseil œcuménique des Églises (COE) a également pris position.
Le pasteur Jerry Pillay, son secrétaire général, a qualifié le plan de “proposition équivalente à un nettoyage ethnique à grande échelle”, évoquant même une “néo-colonisation” d’un territoire habité par deux millions de Palestiniens.

Le 13 février, un autre message retentissant a traversé les pages du New York Times : 350 rabbins et personnalités juives ont publié une pleine page de protestation, affirmant que le peuple juif refusait toute idée de déplacement forcé des Gazaouis.
Une convergence rare : défendre la dignité humaine
Ce front religieux inédit — chrétien, musulman, juif — exprime une même conviction :
on ne bâtit aucune paix durable en déracinant un peuple.
Les Églises de Jérusalem concluent leur déclaration par une prière, mais aussi par un avertissement :
la paix ne pourra jamais être imposée.
Elle se construit en protégeant les plus vulnérables, en honorant la dignité humaine, et en garantissant à chaque peuple — sans exception — le droit de vivre sur sa terre.
Leur vœu final résonne comme un appel urgent :
“Que le Dieu de la miséricorde apporte une paix fondée sur la justice, préserve la dignité humaine et garantisse à tous les peuples leur place sur la terre à laquelle ils appartiennent.”

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