Alors que l’année 2026 commence, Benjamin Netanyahou a rencontré Donald Trump en Floride, avec une nouvelle liste de demandes politiques et militaires. Parmi elles, selon plusieurs sources diplomatiques, figure à nouveau une attaque conjointe contre le programme nucléaire iranien.
Mais pendant que ces tractations politiques se préparent, la guerre à Gaza continue de ravager les territoires palestiniens. Contrairement au récit dominant dans une partie des médias occidentaux, le conflit n’est pas terminé, et il ne s’est soldé par aucune victoire décisive pour l’armée israélienne. Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), plus de 71 000 Palestiniens, dont environ 20 000 enfants, ont été tués depuis octobre 2023. Les conséquences humaines, matérielles et politiques de cette guerre façonnent déjà les équilibres géopolitiques de 2026.
La guerre contre Gaza continue sous un autre nom
L’annonce du plan Trump pour Gaza, à l’automne 2025, avait créé un bref espoir de trêve durable. Ce plan de vingt points prévoyait un cessez-le-feu, la libération d’otages et la mise en place d’un dispositif international de supervision. Pourtant, plus de 400 Palestiniens ont été tués après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 10 octobre, selon Le Monde.
Les bombardements n’ont jamais cessé, tout comme les restrictions imposées à l’aide humanitaire. L’ONU dénonce toujours le blocage des matériaux de construction, du carburant et de la nourriture, tandis que des enfants meurent de froid dans des abris de fortune. Le territoire est désormais fragmenté : Israël contrôle la majeure partie de la bande orientale, tandis que la population palestinienne est massée sur moins de 40% du territoire dans la zone côtière.
Malgré les appels répétés du CICR et de Médecins sans frontières, plus de 1 500 bâtiments ont encore été détruits depuis le cessez-le-feu. La Commission d’enquête des Nations unies sur la Palestine a conclu, en septembre 2025, que les attaques israéliennes constituaient un crime de génocide. Netanyahou, qui avait accepté la trêve à contrecœur, semble désormais chercher à provoquer une riposte du Hamas pour relancer une offensive à grande échelle.
Le plan Trump ferait des États-Unis un co-occupant de Gaza
Sous couvert de pacification, le plan américain prévoit la création d’un Board of Peace (BoP) chargé de gouverner Gaza, présidé par Donald Trump, ainsi qu’une International Stabilization Force (ISF) dirigée par un général américain.
Les Palestiniens n’ont pas été consultés. Leur rôle se limite à une participation technique subordonnée au BoP. Parallèlement, Washington et Tel-Aviv ont mis en place un centre de coordination militaro-civil en Israël pour gérer la reconstruction et la distribution de l’aide.
En réalité, ce dispositif risque d’entraîner une co-occupation de Gaza par les États-Unis et Israël, en violation du droit international humanitaire. Cette implication directe exposerait les forces américaines à des attaques dans toute la région et affaiblirait encore la position morale et diplomatique de Washington, déjà critiquée par Amnesty International et Human Rights Watch.
Soutenir la Palestine coûte plus cher que jamais
Sous l’administration Biden, des citoyens américains ont perdu leur emploi ou subi des violences pour avoir soutenu publiquement les droits des Palestiniens. Mais depuis l’arrivée de Trump, la répression s’est intensifiée.
Des militants comme Mahmoud Khalil ont été visés par des procédures d’expulsion uniquement en raison de leur engagement pro-palestinien. D’autres, dont Leqaa Kordia, sont toujours détenus sans procès équitable. Le gouvernement a créé une Task Force contre l’antisémitisme utilisée pour criminaliser toute critique de la politique israélienne, gelé les financements d’universités jugées trop tolérantes envers les manifestations pro-palestiniennes et multiplié les enquêtes sur des bases jugées “fragiles” par ProPublica.
Plus inquiétant encore, plusieurs États américains comme le Texas et la Floride ont désigné le Council on American-Islamic Relations (CAIR) — principale organisation musulmane de défense des droits civiques — comme « organisation terroriste ». Ces dérives constituent une atteinte directe à la liberté d’expression et d’association garanties par la Constitution américaine.
Le soutien à Israël s’effondre dans l’opinion américaine
Malgré la pression politique et médiatique, Israël perd rapidement le soutien populaire aux États-Unis. Un sondage du Pew Research Center d’avril 2025 indiquait que 53% des Américains avaient désormais une opinion négative d’Israël.
60% des électeurs s’opposent à de nouvelles aides militaires, et 70% des démocrates estiment qu’Israël est « allé trop loin » dans sa guerre à Gaza. Même au sein du Parti républicain, une majorité des moins de 45 ans souhaite réduire le soutien militaire à Tel-Aviv.
De plus en plus de candidats aux élections de mi-mandat de 2026 refusent les dons de l’AIPAC, principal lobby pro-israélien. Ce repositionnement traduit une fissure profonde dans la coalition trumpiste : beaucoup y voient une contradiction entre le slogan America First et une politique étrangère dictée par les intérêts d’Israël.
Les obstacles médiatiques n’ont pas réussi à inverser la tendance. Les tentatives de Meta et TikTok pour censurer les contenus pro-palestiniens, ou encore les pressions de milliardaires proches de Netanyahou, n’ont fait qu’alimenter la méfiance du public. Aujourd’hui, le mythe d’une identité commune entre les intérêts américains et israéliens semble durablement brisé.

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