Le chancelier Olaf Scholz lors des commémorations du 85e anniversaire de la Nuit de Cristal, à la synagogue Beth Zion de Berlin, le 9 novembre 2023
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne reconstruit son identité politique autour d’un impératif moral clair : plus jamais ça.
Cependant, ce principe ne s’applique plus de manière universelle.
En réalité, Berlin le réserve aux crimes commis contre les Juifs européens.
En revanche, elle l’écarte systématiquement lorsqu’Israël viole les droits des Palestiniens.
Ainsi, la mémoire historique allemande cesse d’être un cadre éthique global.
Au contraire, elle devient un filtre politique sélectif.
Dès lors, cette mémoire ne protège plus toutes les victimes.
Elle hiérarchise les souffrances.
Le retour assumé du messianisme occidental
Sous couvert d’humanisme, l’Allemagne se présente comme gardienne de la morale universelle.
Pourtant, dans le même temps, elle soutient sans réserve des guerres menées « au nom de la démocratie ».
De plus, elle fournit des armes à Israël tout en appelant publiquement à la paix.
Par ailleurs, elle finance des programmes de “stabilisation” au Proche-Orient.
Or, ces programmes masquent une logique néocoloniale persistante.
Ainsi, Berlin entretient un double discours soigneusement maîtrisé.
D’un côté, elle affiche une posture morale irréprochable.
De l’autre, elle consolide son statut de puissance européenne légitime.
Par conséquent, l’humanisme invoqué sert moins les peuples concernés que l’image internationale de l’État allemand.
Un universalisme strictement conditionnel
Les dirigeants allemands invoquent régulièrement les droits humains.
Cependant, ils gardent le silence lorsque ces droits sont bafoués à Rafah ou à Naplouse.
Dans le même esprit, les médias publics relaient sans distance critique les récits officiels israéliens.
Pendant ce temps, ils suspectent toute parole palestinienne avant même de l’écouter.
Dès lors, ce traitement différencié ne relève plus du hasard.
Ainsi, des intellectuels juifs critiques comme Ilan Pappé, Judith Butler ou Moshé Zuckermann subissent davantage de censure à Berlin qu’à Tel-Aviv.
Autrement dit, l’Allemagne restreint le débat précisément là où elle prétend défendre la liberté d’expression.
Quand la morale se transforme en arme politique
L’Allemagne instrumentalise désormais sa culpabilité historique.
Elle en fait un levier géopolitique assumé.
Ainsi, ce qu’elle nomme “responsabilité envers Israël” justifie son alignement quasi total sur les politiques américaines au Moyen-Orient.
En conséquence, la morale ne joue plus un rôle de protection contre la barbarie.
Au contraire, elle sert de couverture idéologique à des choix politiques contestables.
Finalement, la mémoire devient un outil de domination symbolique.
« Celui qui ne comprend pas comment la mémoire allemande est devenue un instrument d’oppression, n’a rien compris au nouveau visage du colonialisme. »
— Jean-Luc Einaudi, historien

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