Blocage israélien cessez-le-feu Gaza

Le rêve de l’expulsion titille à nouveau Israël (AFP)

Une trêve vidée de sa substance par des exigences sécuritaires

Dans les territoires palestiniens occupés, Israël multiplie les manœuvres pour empêcher le passage à la seconde phase de l’accord de cessez-le-feu à Gaza. Officiellement, Tel-Aviv invoque l’absence de restitution d’un dernier corps d’otage israélien comme justification au blocage. En réalité, cette question sert désormais de prétexte politique pour imposer de nouvelles conditions sécuritaires, incompatibles avec l’esprit et la lettre de l’accord.

À la tombée de la nuit, les équipes du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de la commission égyptienne ont quitté le quartier de Zeitoun, à l’est de Gaza, sans avoir retrouvé le corps de Ran Gvili, dernier captif israélien décédé dans l’enclave. Israël a immédiatement transformé cet échec en obstacle majeur à la poursuite du processus. Selon la radiodiffusion publique israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a confirmé son intention de maintenir fermé le poste-frontière de Rafah, tant à l’entrée qu’à la sortie, tant que ce corps ne sera pas remis.

Des blocages assumés et une stratégie de fait accompli

Cependant, ce dossier ne constitue qu’un élément parmi d’autres d’une stratégie plus large de sabotage de l’accord. Plusieurs déclarations officielles israéliennes indiquent clairement une volonté de ne pas aller au-delà de la première phase. Ainsi, Israël a opposé un veto à la participation de la Turquie à toute force internationale, tandis que le ministre de la Défense, Israël Katz, a affirmé qu’aucun retrait militaire de Gaza n’était envisagé.

Par ailleurs, Tel-Aviv considère désormais les zones dites de la « ligne jaune » — qui représentent plus de 60 % de la superficie de Gaza — comme des acquis sécuritaires permanents. Ces zones seraient appelées à servir de bases opérationnelles pour de futures actions militaires. À cela s’ajoute une exigence centrale formulée par Netanyahou : le désarmement total de la résistance palestinienne, présenté comme le « désarmement de Gaza », dans un délai de 60 jours, condition préalable à toute avancée vers la seconde phase.

Ce durcissement s’accompagne d’une escalade verbale inquiétante. Sur la chaîne israélienne Channel 14, l’analyste militaire Hillel Bitton Rosen a affirmé qu’Israël se préparait à des offensives simultanées à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, au Yémen et en Iran, illustrant une logique de confrontation régionale assumée.

Criminalisation de l’aide humanitaire et discours sécuritaire

Dans ce contexte, la presse israélienne joue un rôle central dans la construction du récit sécuritaire. Un reportage publié par Yedioth Ahronoth, signé Yoav Zitun, décrit les camions d’aide humanitaire et de marchandises entrant à Gaza comme des « camions d’argent » servant à reconstruire les capacités du Hamas. Le journal évoque des discussions internes aux services de renseignement israéliens, selon lesquelles le mouvement aurait reconstitué près d’un milliard de shekels en liquidités, stockées dans des tunnels.

Le rapport avance également que des taxes de 15 à 25 % seraient imposées sur chaque camion commercial — environ 400 par jour — ainsi que d’autres prélèvements sur les biens vendus localement. Des accusations similaires concernent les bureaux de change et les transferts financiers informels. Aucune de ces affirmations n’est étayée par des preuves indépendantes ou des sources vérifiables.

Même en tenant compte des approximations et exagérations manifestes de ces chiffres, ce type de couverture médiatique s’inscrit clairement dans une logique de préparation de l’opinion publique à une rupture de l’accord. Elle permet surtout de justifier le refus israélien d’appliquer ses engagements fondamentaux : retrait militaire, ouverture de Rafah et lancement effectif de la reconstruction, pourtant exigés par le droit international humanitaire et rappelés à plusieurs reprises par l’ONU et le CICR.

Gaza rendue inhabitable, un objectif assumé

Sur le terrain, Israël bénéficie déjà d’une liberté d’action quasi totale. L’accord actuel lui permet de poursuivre la destruction systématique des infrastructures jusqu’à quatre kilomètres à l’intérieur de Gaza, dans des zones déjà réduites à l’état de ruines. L’armée israélienne cherche désormais à transformer ces secteurs en une ceinture de sécurité permanente, interdisant tout retour des habitants et toute reconstruction.

Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à rendre Gaza structurellement invivable. Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont documenté les conséquences humanitaires de cette approche, qui s’apparente à une punition collective, prohibée par le droit international.

Le retour massif des Palestiniens contredit le projet de déplacement forcé

Enfin, la question du poste-frontière de Rafah révèle les limites du projet israélien de déplacement forcé. Selon Yedioth Ahronoth, plus de 82 000 Palestiniens enregistrés en Égypte ont demandé à rentrer à Gaza via Rafah. Ce chiffre, qui ne concerne qu’un seul pays, indique que le nombre total de candidats au retour serait bien plus élevé si l’ensemble des zones de déplacement était pris en compte.

Malgré la destruction, le blocus et l’insécurité, l’attachement des Palestiniens à Gaza demeure intact. Cet afflux potentiel constitue un revers majeur pour toute tentative de transformation démographique de l’enclave. Il souligne, une fois encore, l’échec structurel des politiques visant à imposer par la force une réalité contraire aux droits fondamentaux du peuple palestinien.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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