Les menaces formulées par les autorités israéliennes visant à retirer l’enregistrement légal d’organisations humanitaires opérant à Gaza constituent une attaque frontale contre l’action humanitaire. Elles ne relèvent ni d’un incident administratif ni d’un simple désaccord politique. Au contraire, elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée qui fragilise l’accès à l’aide vitale dans les territoires palestiniens occupés.
La Fondation Amel International l’affirme sans ambiguïté : priver des populations civiles d’assistance humanitaire et médicale, quelles que soient les circonstances, viole à la fois les principes éthiques fondamentaux et les normes juridiques internationales. En effet, le droit international humanitaire interdit explicitement l’utilisation de l’aide comme moyen de pression politique ou comme outil de punition collective.
L’aide humanitaire instrumentalisée comme levier politique
En réalité, l’utilisation de l’action humanitaire comme instrument de coercition remet en cause l’essence même du droit international. La IVᵉ Convention de Genève impose pourtant à toute puissance occupante de garantir l’approvisionnement de la population civile en vivres et en soins médicaux (CICR, 1949). Pourtant, à Gaza, les restrictions imposées aux organisations humanitaires compromettent gravement cette obligation.
Par conséquent, les programmes médicaux, alimentaires et d’urgence, déjà extrêmement limités en raison du blocus, se retrouvent directement menacés. Amnesty International documente depuis plusieurs années l’impact dévastateur de ces restrictions sur la population civile de Gaza, qualifiant certaines pratiques de punition collective interdite par le droit international (Amnesty International, rapports 2022–2024).
Criminaliser le témoignage humanitaire
« L’intensification des attaques contre les organisations vise l’idée même de l’action humanitaire »

Au-delà de l’entrave logistique, ces menaces ciblent une dimension encore plus fondamentale : la capacité des organisations humanitaires indépendantes à témoigner de la réalité sur le terrain. En effet, attaquer celles et ceux qui documentent les destructions, les morts civiles et l’effondrement des infrastructures médicales revient à tenter de faire taire les témoins directs des violations graves.
La Cour internationale de Justice rappelle pourtant que les acteurs humanitaires jouent un rôle essentiel dans la protection des civils et dans la documentation des violations du droit international humanitaire (CIJ, ordonnances relatives à Gaza, 2024). Dès lors, assimiler leur travail à une faute ou à une manipulation constitue un renversement dangereux des responsabilités.
Responsabilité juridique et devoir de protection
Contrairement aux accusations portées contre les ONG, la responsabilité juridique et morale incombe aux acteurs qui exercent une violence systémique contre la population civile. Les attaques répétées contre les hôpitaux, les ambulances, les infrastructures essentielles et le personnel médical violent directement les principes de distinction et de proportionnalité consacrés par le droit international humanitaire (ONU, Bureau de la coordination des affaires humanitaires – OCHA, 2023–2024).
Ainsi, déplacer le débat vers une prétendue partialité des organisations humanitaires permet d’éviter la question centrale : celle du respect du droit international dans les territoires palestiniens occupés, qu’il s’agisse de Gaza, de la Cisjordanie ou de Jérusalem-Est.
Défendre l’humanitaire, défendre le droit international
En définitive, défendre l’action humanitaire à Gaza revient à défendre l’universalité du droit international et la protection des civils palestiniens. Sans accès humanitaire libre et sans organisations indépendantes capables d’agir et de témoigner, la population de Gaza se retrouve exposée à une catastrophe humanitaire prolongée, documentée et dénoncée par de nombreuses instances internationales.
Face à cette réalité, toute tentative de délégitimer ou de restreindre l’action humanitaire ne peut être considérée comme neutre. Elle participe directement à la normalisation de pratiques contraires au droit international et aux principes fondamentaux de l’humanité.

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