Le projet d’exemption des haredim fragilise le pouvoir de Netanyahou

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou traverse une zone de turbulences majeures. En effet, la tentative d’imposer une loi exemptant les juifs ultra-orthodoxes haredim du service militaire révèle, une fois de plus, la fragilité structurelle de la coalition israélienne. Toutefois, cette crise interne ne peut être dissociée du contexte plus large de l’occupation et de la colonisation des territoires palestiniens, qui façonnent l’ensemble du système politique israélien.

Une coalition sous tension permanente

Depuis plusieurs jours, Netanyahou mène une opération de sauvetage politique au sein de son propre camp. Selon le quotidien israélien Yedioth Ahronoth (édition hébraïque), le Premier ministre cherche à préserver son gouvernement au moins jusqu’à l’automne 2026, date prévue des prochaines élections législatives. Cependant, face à la pression croissante, un effondrement dès septembre prochain reste plausible.

Pour y parvenir, Netanyahou multiplie les concessions envers ses alliés religieux. Ainsi, il promet l’adoption rapide d’un texte législatif garantissant l’exemption militaire des haredim. Par ailleurs, il s’engage à sanctuariser leurs privilèges financiers dans le budget 2026, actuellement préparé par le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich.

Le chantage budgétaire des partis religieux

Les partis haredim, notamment Degel HaTorah dirigé par Moshe Gafni et le Shas d’Aryeh Deri, utilisent désormais le budget comme levier politique. En conséquence, ils menacent de ne pas voter la loi de finances si le projet d’exemption n’aboutit pas.

Cette stratégie met en lumière la vulnérabilité de la coalition. Selon les analystes cités par Yedioth Ahronoth, le gouvernement ne survit aujourd’hui que sur un équilibre précaire. De ce fait, plusieurs scénarios évoquent des élections anticipées dès juin, si aucun compromis durable n’émerge.

Une loi politiquement explosive

Le texte sur l’exemption militaire constitue désormais le principal point de rupture. D’un côté, Netanyahou craint une perte de soutien parmi l’électorat laïc et nationaliste. De l’autre, les partis haredim redoutent qu’un scrutin anticipé réduise leur poids politique et leur capacité de négociation.

Cette crise interne illustre une contradiction profonde : l’État israélien impose un service militaire obligatoire, tout en cherchant à en exclure une partie significative de sa population pour préserver une coalition idéologique. Pendant ce temps, l’armée israélienne poursuit ses opérations dans les territoires palestiniens occupés, notamment à Gaza et en Cisjordanie.

Violences et protestations à Jérusalem

Dans ce contexte tendu, des affrontements ont éclaté à Jérusalem-Est entre la police israélienne et des manifestants haredim opposés à la conscription. Ces heurts se sont déroulés devant un bureau de recrutement militaire, illustrant l’ampleur de la contestation.

Ces mobilisations s’inscrivent dans une vague de protestations déclenchée par la décision de la Cour suprême israélienne, rendue en 2024, qui impose l’enrôlement des haredim et suspend les financements publics aux institutions religieuses refusant la conscription.

Une société structurée par l’inégalité

Les haredim représentent environ 13 % de la population israélienne. Ils justifient leur refus du service militaire par la primauté de l’étude de la Torah et par la crainte d’une intégration dans un modèle laïc qu’ils rejettent. Pourtant, cette exemption contraste brutalement avec la réalité imposée aux Palestiniens.

En effet, selon l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Israël demeure une puissance occupante en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, au regard du droit international humanitaire. Par ailleurs, la Cour internationale de Justice a rappelé, dans son avis consultatif de juillet 2024, l’illégalité de l’occupation prolongée et de la colonisation israélienne des territoires palestiniens.

Une crise révélatrice d’un système colonial

Ainsi, l’instabilité politique israélienne ne relève pas d’un simple désaccord interne. Elle s’inscrit dans un système fondé sur la colonisation, la ségrégation juridique et l’inégalité structurelle. Amnesty International qualifie d’ailleurs ce régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien (rapport 2022).

En définitive, tandis que le gouvernement Netanyahou vacille sous le poids de ses contradictions internes, la Palestine continue de subir les conséquences directes de l’occupation, des politiques coloniales et de l’impunité internationale. Cette crise politique israélienne illustre donc moins une faiblesse passagère qu’un déséquilibre profond et durable.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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