Élections internes du Hamas : préserver la continuité de la résistance

Le mouvement de résistance palestinien Hamas s’apprête à trancher, dans les prochains jours, la question de la présidence de son bureau politique, au terme d’un processus électoral interne décisif. Cette échéance marque la fin de la phase transitoire du Conseil de direction, présidé par Mohammed Darwish, président du Conseil de la Choura, depuis l’assassinat du chef politique Yahya Sinwar en octobre dernier.

Cette transition institutionnelle intervient dans un contexte de guerre totale contre la population palestinienne, notamment à Gaza, mais aussi en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, territoires soumis à une occupation et à une colonisation contraires au droit international, comme l’ont rappelé à de multiples reprises les Nations unies.

Un modèle de gouvernance pensé face à l’assassinat ciblé

Avant même son élection à la tête du bureau politique, Yahya Sinwar avait proposé la mise en place d’un Conseil de direction collégial. L’objectif était clair : empêcher que la direction du mouvement ne soit paralysée par les frappes israéliennes ciblant systématiquement les cadres politiques palestiniens.

Ce conseil était présidé par Mohammed Darwish. Khalil al-Hayya en assurait la vice-présidence, tandis que Khaled Mechaal représentait l’« extérieur ». Zahir Jabareen couvrait la Cisjordanie, et Nizar Awadallah la bande de Gaza. Cette architecture visait à garantir une continuité politique et organisationnelle, même en cas de pertes majeures au sommet.

Dans les faits, ce modèle a permis au Hamas de maintenir son fonctionnement institutionnel après l’assassinat de Sinwar, confirmant la pertinence d’une direction collective face à une stratégie israélienne fondée sur l’élimination ciblée, largement documentée par Amnesty International et le CICR.

Une compétition interne entre deux figures centrales

Avec l’atteinte récente du quorum du Conseil de la Choura, chargé d’élire la nouvelle direction, une dynamique électorale interne s’est clairement dessinée. Le débat se cristallise désormais autour de deux figures majeures : Khaled Mechaal, ancien président du mouvement et dirigeant à l’étranger, et Khalil al-Hayya, vice-président basé à Gaza.

Une tentative de compromis, visant à désigner Mohammed Darwish comme président du bureau politique pour un mandat complet tout en redistribuant les rôles stratégiques entre Mechaal et al-Hayya, n’a pas abouti. Dès lors, le choix final reflétera une orientation stratégique assumée quant au centre de gravité de la direction : l’extérieur ou Gaza, cœur de la confrontation directe avec l’occupation.

Une direction décimée par la guerre

Cette échéance électorale s’inscrit dans un contexte de pertes humaines considérables. Depuis le début de la guerre, le Hamas a perdu plusieurs membres de son bureau politique à Gaza, ainsi que son représentant au Liban, Fathi Sharif. De nombreux cadres militaires des Brigades al-Qassam ont également été tués, dont Mohammed Deif et ses adjoints.

Historiquement, la structure militaire du mouvement a démontré sa capacité à remplacer rapidement ses cadres. En revanche, la reconstitution des niveaux politiques, administratifs et gouvernementaux s’avère plus complexe, en raison d’un ciblage israélien systématique de ces échelons, pratique largement critiquée par des instances internationales au regard du droit international humanitaire.

Un calendrier électoral contraint par la guerre

Conformément aux statuts internes du Hamas, le mandat du bureau politique s’étend sur quatre ans. Toutefois, les conditions de guerre ont contraint le mouvement à reporter l’élection complète de ses membres à fin 2026. Dans l’intervalle, seule la présidence est renouvelée, afin d’assurer une direction politique claire dans un contexte d’agression continue.

Cette réalité illustre une fois de plus l’impact structurel de l’occupation et de la guerre sur l’ensemble de la vie politique palestinienne, bien au-delà du seul Hamas. Elle s’inscrit dans un cadre plus large, régulièrement dénoncé par l’ONU, qui rappelle l’illégalité de l’occupation prolongée des territoires palestiniens.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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