Dans les conflits contemporains, la supériorité militaire ne suffit plus.
La bataille de l’image, du récit et de la perception est devenue centrale.
C’est dans cet espace que s’est imposée la figure d’Abou Obeida, porte-parole militaire des Brigades Izz al-Din al-Qassam, branche armée du Hamas.
Toujours masqué, parlant peu mais avec précision, Abou Obeida n’est pas un simple relais d’informations militaires.
Il incarne une stratégie de communication et de guerre psychologique, inscrite dans le contexte plus large de l’occupation des territoires palestiniens, du blocus de Gaza, et de l’asymétrie structurelle du conflit.
Une figure forgée par l’effacement du visage
L’apparition systématique d’Abou Obeida le visage couvert a construit une image singulière.
Son anonymat n’est pas un détail esthétique ni un simple impératif sécuritaire.
Il constitue le cœur de sa fonction symbolique.

En refusant toute incarnation individuelle identifiable, il se transforme en figure collective.
L’absence de traits devient une force narrative.
Le message prévaut sur l’homme.
Dans un contexte où Israël dispose d’une supériorité technologique écrasante, cette stratégie neutralise partiellement la logique de la décapitation ciblée.
L’élimination physique d’un individu ne suffit plus à effacer le symbole.
Identité d’Abou Obeida : ce que l’on sait, et ce qui reste incertain
Plusieurs sources israéliennes et occidentales affirment qu’Abou Obeida s’appellerait Houdheifa Samir Abdallah al-Kahlout, né en février 1985 à Gaza.
Ces mêmes sources indiquent une scolarité dans des écoles de l’UNRWA, puis un master en exégèse coranique à l’Université islamique de Gaza.
Ces informations ne sont pas confirmées par des sources indépendantes.
Je ne sais pas si elles sont exactes.
Ce flou participe pleinement de la stratégie de communication.
L’identité devient un champ de bataille informationnel à part entière.
Une parole ancrée dans un cadre religieux et politique
Le registre discursif d’Abou Obeida repose sur une construction rigoureuse.
Il mobilise des références religieuses, historiques et politiques connues de son public cible.
Sa formation supposée en sciences coraniques éclaire la structure de ses discours.
Les références scripturaires sont brèves, choisies, jamais décoratives.
Elles servent une narration de résistance inscrite dans le temps long.
Cette rhétorique s’adresse d’abord à une population vivant sous occupation militaire, documentée depuis des décennies par les Nations unies et les organisations de défense des droits humains.
Selon l’ONU, les territoires palestiniens occupés subissent un régime de restrictions systématiques contraires au droit international humanitaire.
Source : ONU, Conseil des droits de l’homme, rapports sur les territoires palestiniens occupés
https://www.ohchr.org
De porte-parole militaire à acteur central de la guerre médiatique
Abou Obeida apparaît publiquement au début des années 2000.
Il devient officiellement porte-parole des Brigades al-Qassam après le retrait israélien de Gaza en 2005.

Sa notoriété augmente lors de l’annonce de la capture du soldat israélien Gilad Shalit en 2006.
À ce stade, son rôle reste essentiellement déclaratif.
La rupture intervient après le 7 octobre 2023.
Il devient alors la voix centrale de la communication militaire du Hamas, dans un contexte de guerre totale contre Gaza.
Ses interventions sont désormais attendues, analysées et reprises comme des signaux stratégiques.
Le calendrier de ses prises de parole fait partie intégrante de la bataille psychologique.
Une rhétorique calibrée pour l’impact
Les discours d’Abou Obeida reposent sur trois leviers principaux :
- La factualisation, par l’énumération chiffrée d’objectifs atteints
- La constance du ton, sans exaltation excessive
- La délégitimation du discours adverse, par un vocabulaire politique assumé
Cette construction contraste avec une communication israélienne largement documentée pour ses contradictions et ses démentis successifs, notamment concernant les opérations à Gaza.
Amnesty International a documenté à plusieurs reprises l’usage disproportionné de la force par l’armée israélienne à Gaza.
Source : Amnesty International, rapports Gaza
https://www.amnesty.org
Symboles, références et continuité historique
Le choix du nom « Abou Obeida » n’est pas neutre.
Il renvoie à Abou Obeida Ibn al-Jarrah, figure majeure de l’histoire islamique associée à Jérusalem.
La keffieh rouge, devenue sa signature visuelle, s’inscrit dans une tradition de clandestinité armée palestinienne.
Elle rappelle notamment Imad Aql, figure de la résistance palestinienne des années 1990.
Chaque détail visuel renforce une continuité symbolique entre passé et présent.
Une communication multicanale sous censure permanente
Abou Obeida a utilisé successivement la télévision, Facebook, X (ex-Twitter) et Telegram.
Ses comptes ont été systématiquement supprimés.
Cette censure numérique illustre un déséquilibre structurel.
Les récits palestiniens sont régulièrement effacés des grandes plateformes, malgré leur rôle central dans l’information des populations concernées.
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression a alerté sur la suppression disproportionnée de contenus palestiniens en ligne.
Source : ONU, Rapporteur spécial, 2023
https://www.ohchr.org
Une voix inscrite dans le contexte de l’occupation
Abou Obeida ne peut être compris en dehors du cadre politique et juridique du conflit.
La colonisation israélienne, jugée illégale par la Cour internationale de Justice, structure l’ensemble du rapport de force.
La CIJ a confirmé l’illégalité des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.
Source : Cour internationale de Justice, avis consultatif
https://www.icj-cij.org
Qu’on le soutienne ou qu’on le rejette, Abou Obeida est le produit d’un système d’oppression documenté, durable et non résolu.
Ignorer ce contexte revient à fausser l’analyse.

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