La déclaration de « Tamkeen » a été largement rejetée par les forces et factions palestiniennes

Une décision politique lourde de conséquences

La décision de l’Autorité palestinienne de supprimer les allocations versées aux prisonniers palestiniens, aux blessés et aux familles des martyrs ne relève pas d’un simple ajustement administratif. Elle marque une rupture politique majeure : la transformation d’une cause nationale liée à l’occupation en un dispositif d’assistance sociale conditionnelle, soumis à des critères de pauvreté.

Le décret-loi n°4 de 2025, signé le 10 février par Mahmoud Abbas, abroge l’ensemble des textes encadrant le système de allocations financières aux prisonniers et à leurs familles. Il transfère ce programme vers la Fondation nationale palestinienne pour l’autonomisation économique, mettant fin au traitement politique de la question des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes.

Fait établi : le texte annule explicitement tous les mécanismes antérieurs, y compris ceux relevant de l’Organisation de libération de la Palestine et de ses institutions officielles.


La requalification sociale d’un acte de résistance

Une logique importée de l’humanitaire

Depuis plusieurs mois, la fondation chargée du nouveau dispositif impose aux familles de prisonniers palestiniens des formulaires d’évaluation sociale. Ces questionnaires, classiques dans l’aide humanitaire, interrogent l’alimentation, l’équipement domestique ou le niveau de revenus.

Cette démarche opère un glissement fondamental :

  • le prisonnier politique devient un “bénéficiaire potentiel”, soumis à des critères de pauvreté.
  • l’acte de résistance à l’occupation est implicitement dépolitisé.

Analyse : cette requalification nie la nature du système carcéral israélien dans les territoires palestiniens occupés. Selon les Nations unies, la détention administrative — sans inculpation ni procès — constitue une violation du droit international humanitaire lorsqu’elle est utilisée de manière systématique (ONU, Rapport du Secrétaire général sur les territoires palestiniens occupés, 2023).


Détentions arbitraires et réalité de l’occupation

Le contexte juridique ignoré

Israël procède quotidiennement à des arrestations en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est. Ces pratiques s’inscrivent dans un cadre largement documenté par les organisations internationales.

Fait établi :

  • Le Comité international de la Croix-Rouge rappelle que la puissance occupante doit protéger la population civile et garantir ses droits fondamentaux (CICR, Droit international humanitaire et occupation, mise à jour 2022).
  • Amnesty International qualifie le système de domination israélien de régime d’apartheid au regard du droit international (Amnesty International, Israel’s Apartheid Against Palestinians, 2022).

Dans ce contexte, présenter les prisonniers palestiniens comme de simples “cas sociaux” revient à effacer le cadre de l’occupation et de la colonisation, pourtant reconnu par la Cour internationale de Justice (CIJ, Avis consultatif sur le mur, 2004).


Pressions internationales et asphyxie financière

Le double levier israélien et occidental

La décision de l’Autorité palestinienne ne peut être dissociée des pressions financières exercées sur elle.

Faits établis :

  • Depuis 2019, Israël retient une partie des recettes fiscales palestiniennes, en s’appuyant sur le Protocole de Paris (1994), pourtant conçu comme un accord transitoire.
  • L’Union européenne et les États-Unis conditionnent leur aide à des réformes jugées “compatibles” avec leurs exigences politiques, tout en maintenant une assistance minimale pour éviter l’effondrement de l’Autorité palestinienne (Banque mondiale, Economic Monitoring Report to the Ad Hoc Liaison Committee, 2023).

Analyse : cette stratégie maintient une Autorité palestinienne sous dépendance, sans souveraineté réelle, dans un contexte où la colonisation israélienne se poursuit en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, en violation du droit international (ONU, Résolution 2334 du Conseil de sécurité, 2016).


Rejet palestinien et fracture politique

Une opposition transversale

La décision a suscité un rejet large parmi les factions palestiniennes, les institutions liées aux prisonniers et une partie significative de la société civile. Plusieurs organisations dénoncent une politique qui aggrave la fracture interne et affaiblit la cohésion nationale.

Fait établi : des responsables palestiniens ont publiquement rejeté la transformation du statut des prisonniers en dossier social, estimant qu’elle constitue une négation des sacrifices consentis dans le cadre de la lutte contre l’occupation.


La question des prisonniers palestiniens n’est ni humanitaire ni sociale : elle est fondamentalement politique.
La réduire à un mécanisme d’aide conditionnelle revient à entériner le narratif de l’occupant, qui criminalise toute forme de résistance et dissout le droit dans la gestion technocratique.

Dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et l’impunité persistante d’Israël, ce choix politique fragilise davantage la cause palestinienne. Il ne protège ni les familles, ni les droits, ni la dignité.

La défense des prisonniers palestiniens relève du droit international, pas de la charité.

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Citation de la semaine

« La résistance est un droit sacré du peuple palestinien face à l’occupation israélienne. Personne ne doit oublier que le peuple palestinien a négocié pendant dix ans, accepté des accords difficiles et humiliants, et qu’au final il n’a obtenu qu’une autorité sur les personnes, sans autorité sur la terre ni souveraineté« 

~ Marwan Barghouti

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